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Grand Angle

Le journalisme sportif féminin célébré à Abidjan

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Abidjan a vibré, les 25 et 26 juillet 2025, au rythme d’un événement inédit et porteur de sens : la première célébration officielle en Côte d’Ivoire de la Journée Internationale des Journalistes Sportifs. Organisée par l’Union des Femmes Reporters Sportives d’Afrique, section Côte d’Ivoire (UFRESA-CI), cette rencontre a été marquée par une forte mobilisation de la profession et par un engagement affirmé en faveur de l’égalité des sexes et du leadership féminin dans le sport.

Une ouverture sous le signe de l’émotion et de la mémoire

Avant même le début des interventions, une minute de silence a été observée à la mémoire de feu Aimé Brière, grand nom du journalisme sportif ivoirien, consultant respecté et passionné, qui s’est éteint la veille, jeudi 24 juillet 2025. Ce moment de recueillement a donné à l’ouverture une dimension profondément humaine et symbolique.

Un discours fondateur pour l’avenir du journalisme sportif africain

C’est avec émotion et détermination qu’Élisabeth Goli, présidente de l’Union des Femmes Reporters Sportives d’Afrique et de la section Côte d’Ivoire, a pris la parole devant une salle attentive. Elle a rappelé que cette journée était historique, à la fois pour le pays, pour la profession, mais aussi pour toutes les voix féminines qui œuvrent au quotidien à faire vivre le sport africain.

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Image de la cérémonie du vendredi 25 juillet.

Elle a souligné l’importance de rendre hommage à toutes celles et ceux qui, souvent dans l’ombre, racontent le sport avec passion, rigueur et engagement. Mais elle a surtout insisté sur la nécessité de reconnaître la place des femmes journalistes sportives, encore trop peu visibles, parfois confrontées à des discriminations, et rarement représentées aux postes de décision.

Des échanges riches sur les inégalités dans le sport

La première journée a été rythmée par des conférences et des panels animés, articulés autour du thème central : « Égalité des sexes et leadership féminin dans le sport : briser les barrières ». Ces échanges ont permis de mettre en lumière les nombreuses inégalités structurelles et culturelles qui traversent le monde du sport.

Les intervenantes et intervenants ont rappelé que le sport, loin d’être un espace neutre, est le reflet de nos inégalités sociales. Les femmes y sont souvent exclues ou marginalisées, alors même qu’elles pratiquent, excellent, commentent et dirigent avec autant de compétence et de passion que leurs homologues masculins.

L’histoire de leur participation à la compétition sportive de haut niveau a été évoquée, des débuts timides aux Jeux Olympiques au tournant représenté par Paris 2024, où la parité hommes-femmes a enfin été atteinte. Mais les freins demeurent : manque d’infrastructures, stéréotypes, pressions sociales, sous-représentation dans les fédérations. En France, par exemple, moins de 40 % des licenciés dans les fédérations sportives sont des femmes.

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Une parole féminine encore marginalisée dans les médias

L’un des points clés soulevés au cours de cette journée fut la faible place occupée par les femmes dans les médias sportifs. Moins de 10 % des journalistes sportives sont des femmes, et rares sont celles qui occupent des postes d’analyse technique ou de commentaires stratégiques. Bien souvent, elles sont reléguées à l’animation ou cantonnées à des rôles secondaires.

Les journalistes sportives à l’honneur.

L’expérience de Clémentine Sarlat, ancienne journaliste de Stade 2, a été citée comme un exemple frappant des difficultés rencontrées par les femmes dans ce milieu, après qu’elle ait dénoncé un climat sexiste au sein de sa rédaction. La célèbre citation de Ruth Bader Ginsburg, « Les femmes appartiennent à tous les endroits où les décisions sont prises », a résonné comme un appel à la responsabilité collective.

Des parcours inspirants et une gouvernance à repenser

La discussion a également mis en lumière les parcours inspirants de femmes africaines et internationales qui, par leur détermination, ont brisé les barrières. Kirsty Coventry, ancienne nageuse olympique devenue ministre des Sports au Zimbabwe et première femme présidente du CIO, Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA, ou encore Rena Wakama, première femme à remporter l’AfroBasket avec le Nigeria, sont autant de figures qui incarnent un leadership nouveau, plus inclusif et plus équitable.

La journaliste sportive Katty Touré.

Des exemples ivoiriens ont également été salués, comme celui de Mme Namama Nadège Fadiga, secrétaire générale de la Confédération africaine de handball, ou encore Clémentine Touré, sélectionneuse nationale de la Guinée équatoriale, première femme à remporter la CAN féminine avec ce pays. Leur présence dans les instances dirigeantes démontre que le changement est possible, même s’il reste encore marginal.

Les freins culturels et médiatiques à déconstruire

Les discussions ont également insisté sur les freins d’ordre culturel, qui alimentent les inégalités dans le sport. De la socialisation genrée dès l’école aux stéréotypes sur les corps féminins, en passant par l’hypersexualisation médiatique et la méfiance vis-à-vis de l’expertise féminine, les obstacles sont nombreux et profondément enracinés.

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Des cas concrets ont été évoqués, comme celui d’Imane Khelif, boxeuse algérienne médaillée olympique à Paris 2024, souvent jugée davantage pour son apparence que pour ses performances. Ce type de regard renforce la discrimination et invisibilise le talent.

Les mouvements collectifs comme moteurs de changement

Mais la conférence a également été traversée par un souffle d’espoir, porté par les nombreux mouvements collectifs qui œuvrent pour une transformation du paysage sportif. Des initiatives comme #EqualPay, #HerGameToo, #LesHijabeuses ou #CoverTheAthlete, ont été saluées pour leur capacité à fédérer, à dénoncer, et à imposer le débat dans l’espace public.

Plusieurs journalistes hommes ont assisté à l’événement.

Ces luttes sont nécessaires, car elles visibilisent les inégalités tout en valorisant les performances des sportives, sans les réduire à leur genre ou à leur vie privée.

Une journée d’inclusion sportive pour clôturer

Le deuxième jour de la célébration a donné lieu à une activité sportive inclusive, où femmes et hommes ont partagé le terrain dans une ambiance conviviale et égalitaire. Cette initiative, loin d’être symbolique, a incarné la volonté de l’UFRESA-CI de faire du sport un levier d’unité et de transformation sociale. Elle a rappelé que l’égalité ne se limite pas aux discours, mais se pratique aussi sur le terrain, dans l’effort, le respect et la solidarité.

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Une première édition comme point de départ

En clôturant ces deux journées, Élisabeth Goli a exprimé sa volonté de faire de cette célébration un rendez-vous annuel, à vocation continentale. Elle a lancé un appel fort à la reconnaissance, à l’unité, et à la professionnalisation du journalisme sportif africain. Ce qu’elle a initié, avec le soutien de ses consœurs venues de Guinée et du Bénin, est plus qu’un événement : c’est un mouvement.

L’un des conférenciers de l’événement.

Plus qu’un symbole, cette première édition en Côte d’Ivoire marque le début d’une tradition, mais aussi d’une revendication collective : celle d’un journalisme sportif qui respecte toutes les voix, valorise toutes les compétences, et fait de l’égalité une réalité.

« Le sport ne changera pas tant que ceux qui le dirigent ne changent pas. Le sport de demain sera inclusif, mixte, équitable ou il trahira ses propres valeurs », a-t-elle conclu avec conviction.

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