Grand Angle
Petit poteau : bilan d’une saison forte en émotions
À l’issue d’une saison marquée par des défis organisationnels mais aussi par une ferveur populaire intacte, le président de la Fédération Ivoirienne de Football Petit Poteau (FIFPP), Me Inza Fofana, dresse un bilan sans détour. Entre passion, absence de soutien financier et ambitions continentales, il revient sur les enjeux clés de la discipline la plus populaire du pays. Interview exclusive sur Stadivoire.
Qu’est-ce que le football petit poteau ?
Inza Fofana : Le petit poteau, c’est un football qui se joue sur un terrain réduit, avec six joueurs par équipe, dont un gardien surnommé « gbackman ». Les matchs se déroulent en deux périodes sur un espace de 25 mètres de long. C’est une discipline accessible, pratiquée partout en Côte d’Ivoire, sauf sur l’eau, dit-on avec humour.
Mais au-delà de sa simplicité, c’est surtout le sport le plus pratiqué et le plus aimé du pays. On parle d’environ deux millions de spectateurs par semaine, preuve de son ancrage populaire.
Quel bilan tirez-vous de cette saison, marquée par le sacre de Calao du Poro ?
I. F : C’est un bilan globalement positif. Malgré l’absence totale de soutien financier, nous avons réussi à organiser un championnat national de qualité. Cela est rendu possible grâce à la passion des présidents de clubs et de quelques mécènes.
Nous devons saluer des initiatives comme celle de Bafing United, qui commence à se structurer avec des salaires et contrats pour ses joueurs. Ou encore le club Calao du Poro, champion cette saison, dont l’organisation a été remarquable.

Le président de la FIFPP Inza Fofana.
L’organisation n’a pas été facile, surtout entre mars et juin, mais nous avons tenu bon. Le plus important, c’est que le championnat national a permis de désigner un champion et un vice-champion qui représenteront la Côte d’Ivoire à l’échelle continentale.
Comment réussissez-vous à financer un tournoi aussi coûteux ?
I. F : C’est un véritable défi. Le tournoi nous coûte près de 60 millions de FCFA par an, entièrement financés sur fonds propres. Nous comptons sur la solidarité de quelques amis, mécènes et passionnés. Malgré tout, nous avons atteint cette année notre huitième édition. Aujourd’hui, certains partenaires commencent à croire au projet. Mais en Côte d’Ivoire, beaucoup préfèrent le buzz à la structuration sérieuse. Nous avons choisi la rigueur. Le buzz viendra peut-être plus tard, si besoin.
Quel est le rôle de la Fédération par rapport aux promoteurs privés ?
I. F : Il faut être clair : la Fédération et les promoteurs sont deux entités distinctes. La FIFPP organise ses compétitions officielles. Les promoteurs, eux, montent leurs tournois privés, à but souvent lucratif, et s’affilient à nous. Nous les encourageons car ils participent à la vulgarisation de la discipline, mais c’est nous qui établissons les règles, donnons les autorisations et assurons le cadre officiel.
Les règles du jeu sont-elles désormais harmonisées ?
I. F : Oui, les règles ont été harmonisées à l’échelle nationale. Mais sur le terrain, dans certains villages ou tournois locaux, des organisateurs adaptent encore les règlements à leur guise. Cela reste marginal. Aucun match officiel sous l’égide de la FIFPP ne peut se jouer en dehors des règles établies.

Action pendant un match de petits poteaux.
L’affaire Jonathan Morrison est-elle définitivement derrière vous ?
I. F : Je préfère ne pas m’étendre sur ce sujet. Il a organisé son tournoi, et s’il y a un recours officiel ou une sollicitation de la Fédération, nous aviserons. Pour le moment, ce n’est pas notre priorité.
Quels sont les grands objectifs pour 2026 ?
I. F : Deux grands chantiers nous attendent : Le Championnat d’Afrique des Clubs Champions et la Coupe du Monde de Petit Poteau, qui se tiendra ici même, en Côte d’Ivoire.
Ces événements marqueront un tournant pour notre discipline, surtout après la CAN. Nous voulons hisser le petit poteau au rang des sports majeurs à l’échelle continentale et mondiale.
La discipline s’exporte-t-elle à l’international ?
I. F : Oui. En Afrique, nous sommes présents dans 17 pays. En Europe, nous avons des bases en France et en Belgique, et nous explorons actuellement l’Espagne. Avec la présence d’une forte communauté libanaise en Côte d’Ivoire, l’Asie est aussi indirectement représentée. Nous avançons étape par étape, mais avec deux continents déjà touchés, nous pouvons rêver de mondialisation.
Un mot pour les supporters du football petit poteau ?
I. F : Nous leur disons un grand merci. Ce sont eux qui font vivre ce sport. Ils nous soutiennent malgré les difficultés, et nous travaillons pour que ce soutien se transforme un jour en retombées concrètes pour eux. Nous nous rapprochons des acteurs du pari sportif et d’autres structures pour structurer davantage la discipline.
Car au fond, le petit poteau est le meilleur sport de Côte d’Ivoire. C’est le seul qui, comme on dit souvent avec humour, « soigne les fous ». Il rassemble, il apaise, il fait vibrer tout un peuple.
